À quel moment on cesse d'être fabriquée par les autres pour commencer à se fabriquer soi-même ?

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On a changé de contexte de vie, mais nos rituels qui font du bien, eux, restent.
Un des miens : lire le soir avant de dormir.

Côté styles et thèmes, je fonctionne par vagues. En ce moment, je suis dans une vague littérature, sûrement portée par les 461 romans de la rentrée.

Et plus je lis, plus je réfléchis. Plus je réfléchis, plus j'écris. Et plus j'écris, plus j'ai besoin de lire pour continuer mes réflexions… C'est un cercle infernalement délectable !

Je sors de Fabriquer une femme de Marie Darrieussecq pour enchaîner sur Congés payés de Tiffany Tavernier.

Deux histoires de femmes.
Deux époques différentes.

D'un côté, deux adolescentes dans les années 80 : une époque que j'ai connue et à laquelle je m'identifie. Le style physique de l’autrice me renvoit aux sensations de l’époque.

De l'autre, Emma, ouvrière parisienne qui part en vacances pour la première fois de sa vie, à l'été 1937. Premier train, premier océan. L'entre-deux-guerres, cette période que Pierre Lemaitre m'a fait aimer.

Et au fond, les deux récits me ramènent à la même interrogation.
Avec une autre, qui la prolonge : pourquoi a-t-on l'impression de devoir justifier nos choix quand ils ne rentrent pas dans les cases ?
Emma, par exemple, n'arrive pas à profiter. Son corps est encore à l'usine, elle a peur de perdre sa place au retour. Comme si elle n'avait pas vraiment le droit d'être là.

Les congés payés sont nés en 1936, après les grandes grèves du Front populaire : deux semaines de vacances payées pour les salariés, et des billets de train à prix réduit pour qu'ils puissent enfin partir.
Mais tout le monde n'a pas apprécié. Une partie de la bourgeoisie a très mal vécu de voir des ouvriers débarquer sur « ses » plages. Au point que « les congés payés » est devenu une expression méprisante pour désigner ces nouveaux vacanciers.
Dans le roman, d'ailleurs, dès le lendemain de son arrivée, une femme débarque sur la plage, persuadée d'en être la propriétaire.

Il y a 90 ans, une femme devait déjà se justifier d'oser vivre autrement que ce qu'on attendait d'elle.

Et moi ? Qu'est-ce qui fait que je n'ai parlé à personne de ma famille de notre choix de vivre en nomade ?
Pourquoi le regard de nos proches nous importe-t-il autant ?

Je n'ai pas la réponse. Notre nouvelle vie, pas encore assumée mais déjà appréciée, a démarré il y a trois mois.

Alors je lis. Et je cogite. Et j'écris.
Et la boucle recommence.

Vivre en nomade sans parler english fluent ? Pas une bonne idée !

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Pour la vie courante, on arrive à baragouiner, no soucy. Mais… on veut développer du business en ligne, et c'est là que ça se gâte.

« Pourquoi l'anglais, si vous visez la francophonie ? Il y a déjà largement de quoi faire ! » me direz-vous.

Parce que, et là, chers Français, vous n'allez pas aimer : quand on propose un truc original, sympa et bien bossé à un anglophone, il dit « I love this, I buy it! ». Un Français, lui, après de nombreux échanges, finit par vous dire : « Je teste la version gratuite et je reviens vers vous. »

Voilà !

Et çà c’est largement documenté. Dans les années 70, le psychologue néerlandais Geert Hofstede a mesuré comment chaque culture supporte l'incertitude. Il a appelé ça l'« indice d'évitement de l'incertitude ». Sur 100, la France tourne autour de 86. Les États-Unis, 46. Le Royaume-Uni, 35.

En clair : chez nous, l'inconnu inquiète, alors on contrôle, on vérifie, on attend d'être sûr. Chez eux, l'inconnu est une opportunité à tester.

Je ne nous en veux pas, j'ai longtemps été un pur produit 86.

Mais voilà depuis que mon CDI m'a quittée, j'ai rompu mon contrat avec Mme Parfaite. Celle qui attendait d'avoir tout méga balisé-anticipé-programmé avant de lancer ne serait-ce qu'une simple idée.

Aujourd'hui, j'ai envie de tout tester. J'essaie, même pas peur, et ensuite je vois.

Et c’est ce qui me fascine chez les anglophones : cette capacité à y aller, et on verra après. De toute façon, on sort toujours quelque chose de l'action, don't you think?

Alors on se remet à l'anglais, à 50 balais.

C'est bon pour le brain, le mindset et le business.

On a décidé de casser notre format de vie.

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On a décidé de casser notre format de vie.

Ne plus être ancrés à un endroit, ne plus avoir d'adresse fixe. Ne plus vivre dans un même pays, en CDI.
Des nomades, quoi. À 50 ans, après 50 années d'une vie bien rangée.

On ne sait pas si on va réussir à tenir longtemps : pour le moment, les rentrées d'argent ne sont pas évidentes.
Mais déjà, les premiers effets sur notre cerveau se font sentir. Et l'envie de continuer booste notre créativité pour trouver les ressources.

C'est fou.
Tout ce que j'observe depuis quelques semaines prend une autre saveur.

Le temps passé avec mes parents, dans une maison que je connais par cœur, est devenu un beau moment. Je suis plus calme, plus dans le recul et la réflexion, là où il n'y a pas si longtemps je m'énervais contre leurs idées d'un autre temps.

Je redécouvre les gens. Je prends le temps d'apprécier chaque lieu et chaque instant : le sourire de la bouchère, la jovialité du caviste, la beauté de la mer en Normandie, le charme des petits villages…

C'est mon conjoint qui a mis le doigt dessus, un matin au p'tit déj. (Nos petits déjeuners sont toujours des moments mémorables, où l'on parle intensément de sujets tout sauf futiles.)
Il a remarqué qu'après chaque nouvelle installation, dans une nouvelle région ou un nouveau pays, on dort énormément, et très bien, au moins les deux premiers jours. Selon lui, c'est la conséquence du stress inconscient lié au changement de lieu de vie : notre cerveau doit tout réapprendre, et ça l'épuise.

Il décrivait sans le savoir un mécanisme qui a un nom : l'habituation. C'est la façon dont le cerveau apprend à ignorer ce qui est devenu familier, pour économiser son attention et la garder pour la nouveauté.

En bougeant sans cesse, on fait l'inverse. On confronte notre cerveau à la déshabituation. Et je crois que cela nous éveille, un peu plus à chaque fois.
Petit à petit, nous devenons conscients de l'instant présent